dimanche 23 janvier 2011

EQUIPE DE FOOTBALL DE LESBIENNES POUR DEFENDRE LEUR CAUSE


Une séance d'entraînement. (Photo Magali Reinert )
AFRIQUE DU SUD: UNE EQUIPE DE LESBIENNES NOIRES AUX GAY GAMES

in SOUTH AFRICA, 01/03/2010
«100% black et 100% lesbiennes», voilà le slogan de l'équipe féminine de foot de Johannesbourg qui réunit des lesbiennes pour jouer au foot et défendre la cause lgbt dans la solidarité et l'entraide. Elles tentent d'oublier grâce au foot, les violences dont elles sont souvent victimes, et la précarité.

Dans la cour de l'ancienne prison des femmes de Johannesbourg, les filles enfilent leurs tenues de foot. Puis elles descendent vers leur terrain d'entraînement, un terrain vague coincé entre un parking et une station-service au cœur de la mégapole de huit millions d'habitants. L'équipe des Chosen Few regroupe «quelques élues», footballeuses, lesbiennes, blacks, militantes, pauvres, jeunes des townships de Jo'burg. «100% black et 100% lesbiennes»: c'est leur slogan.
Pour faire partie de l'équipe des Chosen Few, «il faut être out», savoir jouer au foot et défendre la cause des droits des homosexuels en Afrique du Sud, résume Deekay, joueuse et manager de l'équipe. Deekay travaille pour Few, un forum pour l'émancipation des femmes, qui a lancé l'équipe des Chosen Few en 2004. L'organisation a ses locaux à deux pas de la Cour constitutionnelle, sur une colline qui accueillait autrefois les deux prisons, pour hommes et pour femmes, de la capitale de l'Afrique du Sud.
Plus qu'une équipe, Chosen Few est une famille
Plus qu'une équipe de foot, les filles décrivent Few comme «leur famille». Maki joue dans l'équipe depuis 2006. «C'est là que j'ai appris à me connaitre. Avant, je devais me cacher, mentir… Quand j'ai finalement dit à ma famille que j'étais lesbienne, ils m'ont chassée. Je n'avais pas de boulot, pas d'endroit où aller, je n'avais que Few», explique-t-elle.
Certaines filles de l'équipe ont été brutalisées, violées, chassées de chez elles. Beaucoup ont arrêté l'école, poussées dehors par une discrimination permanente. La majorité des joueuses est au chômage.
La législation est une des plus progressistes, la réalité des lesbiennes tout autre...
C'est toute l'ambiguïté de l'Afrique du Sud. Le pays bénéficie d'une des constitutions les plus progressistes au monde. À l'instar de toutes les communautés réprimées par le régime d'apartheid, les homosexuels ont obtenu la reconnaissance de leurs droits. Mais la législation est loin devant la réalité.
Aujourd'hui, les joueuses se décrivent toutes comme des activistes et des féministes. Entourées par diverses organisations de défense des droits des homosexuels, elles sont devenues des militantes efficaces, expertes en slogans et banderoles, chanteuses forcenées dans les manifs ou devant les tribunaux.
Elles sont devenues la mascotte des Gay Games de Chicago
Les Chosen Few ont aussi leurs lettres de noblesse dans le monde footballistique. En 2006, elles rapportent la médaille de bronze des Gay Games de Chicago. Rebelote deux en plus tard avec une autre médaille de bronze gagnée cette fois à la coupe du monde de l'Association internationale gay et lesbienne de football à Londres. Cette année, elles se préparent à conquérir Cologne.
«Un jour, je reçois un coup de fil: «Tu vas jouer au foot à Chicago.» Je ne pouvais pas y croire. C'était la première fois que j'allais à l'étranger», se rappelle Deekay. L'équipe s'envole en effet vers les États-Unis, après avoir bataillé pour trouver les financements et obtenir les visas. «On était les seules à chanter dans les stades. Tout le monde voulait nous interviewer.»
Avec leurs chants militants sur les conditions des lesbiennes en Afrique du Sud, les Chosen Few sont devenues la mascotte des jeux de Chicago. Elles sont revenues comblées avec une médaille et un mécène qui s'engage à financer leur participation aux prochains Gay Games à Cologne. Elles ont conquis également le public londonien et sont reçues par l'Association de football de Londres avec les VIP, se souvient Leigh-Ann, alors entraîneuse de l'équipe. «Avant qu'on parte pour Londres, ma mère allait à l'église avec des prospectus sur les Chosen Few en criant: ça, c'est ma fille, elle va aller à Londres, priez pour elle», évoque Ntombi en souriant.
L'équipe se prépare à conquérir les Gay Games de Cologne
À chaque fois, le retour est rude. Maki vit aujourd'hui à nouveau chez sa mère à Soweto. Sa famille la tolère dans la mesure où elle fait ses «trucs de lesbiennes ailleurs». «Mais dans le township, je ne suis pas en sécurité, j'ai toujours peur. Je ne sors pas le soir», précise t-elle.
Aujourd'hui, il ne reste plus que deux joueuses de l'équipe formée en 2004. Les Chosen Few est une étape vers l'insertion. Les filles reçoivent des formations et certaines trouvent du travail ou reprennent leurs études. Paradoxalement, c'est aussi souvent la fin du rêve.
Maki a eu un peu plus de chance. Elle a trouvé un travail de caissière dans un supermarché d'un quartier aisé de la ville, à deux heures de transport de Soweto. Son patron lui laisse un après-midi par semaine pour jouer au foot. Quand on évoque les Gay Games de Cologne en juillet prochain, ses yeux s'allument. «On ramènera l'or», lance-t-elle!

REALITES DE LA VIE DE LESBIENNE EN AFRIQUE

Lesbienne en Afrique

L’Afrique du sud fait figure de paradis pour les homosexuels en Afrique : la Constitution interdit toute discrimination. Mais la réalité n’est pas toujours aussi rose… Reportage.
Les homosexuels sud-africains ont célébré une grande victoire le 14 novembre quand l’Afrique du sud est devenu le cinquième pays au monde – après la Belgique, les Pays-Bas, le Canada et l’Espagne – à reconnaître le mariage homosexuel. Le vote du Parlement sud-africain à une très large majorité (230 voix pour, 41 contre) est d’autant plus remarquable, que l’homosexualité est réprouvée, et souvent réprimée, dans le reste de l’Afrique.
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Musa Ngubane (g.) et Mabongi Ndlovu (d.). Soweto, novembre 2006. © V. Hirsch
Depuis 1998, grace à une série d’arrêts judiciaires, les homosexuels sud-africains ont obtenu les mêmes droits que les hétérosexuels, y compris celui d’adopter des enfants. Ils doivent ces avancées majeures à la Constitution démocratique de 1994, la première au monde à avoir interdit toute discrimination « en fonction de l’orientation sexuelle ». A l’époque, l’ANC avait voulu marquer une rupture totale avec les multiples ségrégations instaurées par le régime d’apartheid, sous lequel les relations sexuelles entre hommes étaient passibles d’une peine de prison. « Sous l’apartheid, on devait se cacher », témoigne Michelle, une Afrikaner de 36 ans. « Les changements ont été stupéfiants. Maintenant, je suis très bien acceptée, même par mon église ». « Dans mon bureau, tout le monde sait que je suis lesbienne et cela ne pose pas de problème », témoigne Nomvula, une Noire qui travaille dans le service de marketing d’une grande chaine de distribution de vêtements. « La direction est très sensible à la lutte contre toutes les formes de préjugés », explique cette belle femme de 36 ans, qui appartient à la nouvelle bourgeoisie noire. « Aujourd’hui, on vit comme tout le monde, ajoute Linette, une étudiante blanche. Il suffit d’observer la dernière gay parade, qui a lieu chaque année à Johanensburg depuis 1991 : la plupart des participants étaient des Sud-Africians ordinaires, habillés normalement ».
Mais dans les townships et les régions rurales, la situation vécue par les homosexuels reste très difficile. « Nous nous heurtons à une grande hostilité », constate Musa Ngubane, 26 ans, de « Behind the mask », l’une des nombreuses associations « gays » du pays. Elle vit depuis trois ans avec sa compagne Mabongi, une jolie vendeuse, dans une chambre à Soweto. Un ours en peluche trône sur leur grand lit, qui occupe presque toute la pièce. Elles n’hésitent pas à se promener dans les rues, main dans la main. « Nous n’avons pas de problèmes avec nos familles et nos voisins, explique Musa. Mais ce quartier fait figure d’exception ». Dans les townships, des lesbiennes sont fréquemment violées – souvent par des amis – qui entendent les « corriger ». En 2005, l’une d’entre elles a même été lapidée à mort par une foule, près du Cap.
« Quand il a su que j’avais une amie, mon grand frère, qui s’occupait de moi depuis le décès de nos parents, m’a chassée de la maison », témoigne Aphinda, une étudiante noire. « Il dit que ce n’est pas africain ». Pendant le débat sur le mariage, les chefs traditionnels ont avancé cet argument : « C’est une pratique occidentale, immorale, décadente et contraire à notre culture », a déclaré la « Maison nationale des chefs traditionnels ». Les Églises – à l’exception des Anglicans et curieusement de l’Église réformée hollandaise, pilier du régime d’apartheid – se sont également vivement opposées à la loi sur le mariage. Cette-ci n’a été adoptée – après des débats véhéments – que parce que l’ANC a imposé la discipline de vote à ses députés.

LA DURE VIE DES LESBIENNES NOIRES

Le mal de vivre des lesbiennes noires
 
Les homosexuelles noires habitant dans les townships subissent de graves traumatismes, liés aux agressions verbales et physiques dont elles sont victimes quotidiennement. C’est ce qui ressort d’une étude de deux chercheuses sud-africaines. La première du genre à donner la parole à cette communauté humiliée.
Helena Hewat et Marlene Arndt, deux chercheuses de la Rand Afrikaans University, ont étudié pendant un an la situation des homosexuelles noires sud-africaines. Pour la première fois, cette communauté silencieuse a pu exprimer ses peurs et ses angoisses. Les universitaires ont choisi de suivre seize femmes dans différents townships des banlieues de Johannesburg. Leur document final, baptisé Les expériences du stress et du traumatisme : les lesbiennes noires en Afrique du Sud, parle des violences subies par cette catégorie de femmes.
Battues, humiliées, ostracisées, victimes de viols (souvent collectifs) pour les forcer à " redevenir normales " et " à se comporter en vraies femmes "... les lesbiennes noires ont fini par se stigmatiser elles-mêmes, trouvant la cause de leurs malheurs dans leur orientation sexuelle et acceptant leur sort. Ainsi les témoignages de plusieurs femmes recueillis par les chercheuses montrent à quel point les victimes sont résignées. " En tant que lesbienne, vous êtes une pécheresse. Les femmes sont censées être avec des hommes". "Dans la culture africaine, l’homosexualité est considérée comme une maladie. " Et pour ce qui concerne les viols : " Je parlais avec un homme qui voulais sortir avec moi, témoigne l’une des femmes. Je lui ai dit que je n’aimais pas les hommes. Il n’a pas compris alors il m’a violée. " " Les hommes qui nous violent veulent nous changer. "
Le règne de la violence
" Les femmes que nous avons rencontrées sont constamment sous l’emprise du stress car elles ne sont pas acceptées au sein de leur propre culture. Il est évident qu’elles vivent dans la peur permanente d’être attaquées et de subir des préjudices ", indique Helene Hewat. Cette dernière a souhaité, avec sa collègue, " rendre visible cette sous-culture jusqu’ici invisible afin que les femmes noires lesbiennes puissent avoir accès à des structures qui peuvent les soutenir ". Des structures comme le Lesbian and Gay Equality Project, basé à Johannesburg. Celui-ci se bat pour assurer l’accès à la justice aux lesbiennes noires victimes de violences et tente de sensibiliser les populations pour enrayer les comportements homophobes.
" Les femmes noires lesbiennes sont confrontées à la violence à la maison, à l’école, dans les lieux d’apprentissage et même dans la rue. Cette violence est autant le fait des membres de leur famille que des autres membres de leur communauté. Pour nombre d’entre elles, la violence fait partie intégrante de leur vie quotidienne. Elle les blesse dans leur chair et dans leur âme et encore plus lorsque celle-ci n’est pas immédiatement visible ", explique Wendy Isaack, avocate du Lesbian and Gay Equality Project.
" Maladie de Blanc "
Cette association explique la victimisation des lesbiennes noires par le fait, tout d’abord, qu’elles soient " femmes avant d’être lesbiennes ". " La femme noire dans ce pays, vit au milieu de la violence. L’histoire de la femme noire en Afrique du Sud n’est faite que de dépendance économique, de manque d’éducation et de respect, de racisme ", regrette Wendy Isaack. " Cette violence que la femme noire rencontre au sein d’institutions comme la police ou la justice, ainsi que dans le secteur de la santé, est aggravée par le fait d’être lesbienne. "
Deuxième fait : l’homosexualité est perçue dans les milieux noirs sud-africains comme " une maladie de Blanc ", notent les chercheuses dans leur rapport. " Les Noirs considèrent le fait d’être homosexuel comme une attaque à la culture africaine et à la tradition. Ce n’est pas chrétien, ce n’est pas africain… " renchérit Wendy Isaack. " Le cas des lesbiennes noires doit donc être appréhendé à travers cette donnée. Car comme dans beaucoup d’autres pays, de nombreux Sud-Africains sont homophobes. "
Contre les crimes racistes
Pour faire évoluer la situation, le Lesbian and Gay Equality Project cherche à faire adopter un arrêté de justice régissant la promotion de l’égalité et la prévention de la discrimination. " Nous espérons aussi faire passer une loi pour punir plus lourdement les personnes coupables de hate crimes (crimes poussés par la haine de l’autre pour son appartenance ethnique, religieuse ou son orientation sexuelle, ndlr). Pour le moment, la justice ne fait pas de différence entre les crimes commis par haine et les autres, à cause de tous les problèmes de racisme, de sexisme, d’homophobie et de xénophobie que connaît le pays. "
Si ce texte est adopté, il constituera sans conteste un premier pas pour combattre la discrimination dont sont victimes les femmes noires en Afrique du Sud. Et plus encore les homosexuelles.

LE LESBIANISME EST IL IMPORTE?


Les gays et les lesbiennes "vivent ici, en Afrique"


‘Nous vivons ici en Afrique. Nous existons, comme tout le monde ; nous payons des impôts comme tout le monde ; nous côtoyons les autres tous les jours. Nous sommes un phénomène naturel ‘ a déclaré la militante Donna Smith au sujet des personnes LGBT en Afrique.
La déléguée du Forum du Pouvoir des femmes - une lesbienne noire africaine dont l’organisation est basée à Johannesburg - s’est exprimée lors de la deuxième conférence africaine sur les droits à une sexualité sans danger qui se tenait à Nairobi, capitale du Kenya du 19 au 21 juin 2006.
Près de 400 délégués étaient réunis pour faire le point sur les programmes et les actions mises en œuvre en Afrique sur la sexualité. L’association dont le siège se trouve dans la capitale de la Namibie, Windhoek, est la réunion des organisations qui se battent pour les droits des lesbiennes. La première réunion de ce genre s’était tenue pour la première fois en 2004 à Johannesburg.
Une table ronde sur la sexualité des personnes LGBT était un des souhaits de cette conférence. Aussi des militants réclamaient plus d’espace alors qu’une petite salle leur avait été allouée. Rappelons que plusieurs pays africains pénalisent encore l’homosexualité dont le Kenya qui inflige jusqu’à 14 années de prison pour ce délit.
En plus des législations répressives, les personnes LGBT subissent des stigmatisations et des discriminations.
‘ Je travaille dans une institution de haut renom. Quand mes amis ont appris que je suis gay, ils ont éprouvé soudainement une gêne comme si j’étais une maladie contagieuse ‘ a déclaré David Kurian un Kenyan. J’ai été obligé de démissionner car je n’étais pas satisfait du traitement qui m’ était réservé sur mon lieu de travail ‘ ajoute-t-il. Kyria a découvert qu’il était gay à l’université au début des années 90.
Au pire, la discrimination se manifeste par la violence
Fikile Vilakazi, de l’association des Lesbiennes Africaines, (L’association dont le siège se trouve dans la capitale de la Namibie, Windhoek, est la réunion des organisations qui se battent pour les droits des lesbiennes ) a cité l’exemple de Zoliswa Nkonyana, une lesbienne de 19 ans, qui a été assassinée par la foule à Cape Town en début d’année à cause de son orientation sexuelle.
Les problèmes sont aggravés, a déclaré Vilakazi, par l’attitude des autorités envers les personnes LGBT. ‘ Un certain nombre de viols et de violences ont été déclarés aux différents commissariats. Les officiers prennent leur temps pour enquêter. Lors du dépôt d’une plainte, la police demanda pourquoi l’une des victimes était lesbienne. ‘
Les discriminations vécus par les homosexuels les découragent de s’adresser aux services essentiels à leur santé et leur bien-être.
‘ L’hostilité et la discrimination des personnels de santé exprimées à l’encontre des homosexuels détournent ces derniers des services de santé ‘ ‘ Cela entraîne un grand risque pour les homosexuels de contracter le SIDA ‘ note Angus Parkinson, de l’association VCT ( Voluntary counselling and testing ) de lIverpool et de Care Kenya, une association de recherche et de soins basée à Nairobi ( VTC et Care Kenya se sont associés avec l’université de médecine tropicale de Liverpool du Royaume-Uni. C’est ainsi que peu d’homosexuels sont informés quant au VIH et sont persuadés entre autres qu’il n’y a pas de risque à utiliser des présevatifs avec des lubrifiants peu appropriés.
Selon Cary Alan Johnson, un coordinateur expérimenté de HRGLC située à New York, la campagne pour l’abolition des lois criminalisant l’homosexualité ne rétablit pas la vérité sur ces fausses certitudes.
‘ La communauté gay se développe de part le monde et nous ne pouvons pas continuer à ignorer ses droits à travers les lois de l’ancien ordre colonial. Si les gouvernements respectent les droits humains, alors les droits des personnes LGBT doivent être également pris en considération " dit Johnson
L’homosexualité masculine et le lesbianisme sont à l’heure actuelle toujours considérés comme des produits de la société occidentale et coupable d’aliénation envers la culture africaine.
De plus, certaines personnes considèrent que les droits des LGBT sont en opposition avec leurs croyances religieuses. Ceci a été évident lors de la sévère condamnation exprimée par les évêques anglicans africains lors de la consécration comme évêque du Diocèse du New Hamspire - un état de l’est états-unien - de Gene Robinson, un homosexuel déclaré.
Mais, affirme Smith, un homosexuel peut faire en sorte de se fondre dans une vie hétérosexuelle selon les critères énoncés par les lois mais ne peut y trouver la paix intérieure et l’épanouissement personnel. Elle témoigne que depuis l’âge de huit ans elle éprouve une attirance pour les femmes et sait qu’elle est différente des autres femmes. ‘ Mon premier rapport sexuel s’est déroulé avec une femme dès lors j’ai toujours su que ma sexualité s’épanouirait avec les femmes. ‘
Cette réunion sur la sexualité des personnes LGBT a été suivie par la publication au Kenya d’une livre intitulé ‘ Tommy boys, LESBIAN Men and ancestral Wives : les pratiques lesbiennes en Afrique, un état de la sexualité lesbienne en Afrique de l’Est et du Sud. ‘
Cette publication était également signée par les militants de six pays l’ Afrique du Sud, la Namibie, Le Swaziland, le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie. Elle démontre entre autres comment les lesbiennes tentent de vivre leur homosexualité malgré l’opposition de leur communauté.

VIOLS DE LESBIENNES POUR LES FAIRE CHANGER

AFRIQUE DU SUD. Des lesbiennes violées pour leur faire aimer les hommes


REPORTAGE. Le sort des lesbiennes sud-africaines est l'un des moins enviables de la planète. Alors que l'Afrique du Sud est le seul pays africain où les homos peuvent se marier et adopter, l'on recense énormément de violences subies par les femmes qui osent vivre leur sexualité librement, pouvant parfois aller jusqu'au meurtre.
Carrie Shelver«Quand une jeune femme homosexuelle est allée porter plainte pour viol au commissariat local, les policiers lui ont demandé si ça ne lui avait pas plu d'avoir un pénis entre les jambes...». Aussi choquant qu'il paraisse, d'après Carrie Shelver (photo) de l'association POWA, cet épisode n'est pas rare en Afrique du Sud. « Dans notre société machiste, certains pensent que violer une lesbienne va lui faire aimer les hommes!». On a même mis un nom sur ces actes horrible: «viols correctifs».
L'Afrique du Sud est le seul pays africain où les homosexuels sont autorisés à se marier et à adopter «Notre Constitution est très libérale. Après la fin de l'Apartheid, on s'est dit que plus personne ne devait être discriminé», explique Kamahelo Malinga de Gay (photo dessous) and Lesbian Memory in Action (GALA), une association qui rassemble les archives de la communauté gay en Afrique du Sud. Mais entre la théorie et la pratique, la marge est grande. Et l'homophobie est encore bien présente dans la société sud-africaine, en particulier dans les townships.
Kamahelo Malinga de GALA
Kamahelo Malinga
Nini et Maserame
Maserame a 23 ans et vit à Soweto, une immense banlieue de Johannesburg, où s'entassent environ 4 millions d'habitants, noirs et pauvres pour l'immense majorité. En couple depuis un peu plus d'un an, elle affiche fièrement une bague aux couleurs de l'arc-en-ciel. Mais chez elle, pas un mot sur son homosexualité. «Mes parents voient bien que je fréquente des lesbiennes. Mais tout ce qu'ils en disent, c'est qu'elles risquent d'avoir une mauvaise influence sur moi. Ils sont très religieux et pour eux, une femme doit se marier avec un homme».
Nini, la copine de Maserame (photo), se dit quant à elle «chanceuse» car ses parents l'acceptent telle qu'elle est. «J'ai toujours été très masculine, dit-elle. Je pense qu'ils ont rapidement su que j'étais lesbienne». Mais en dehors du cercle familial, elle avoue avoir «souvent peur». «Les remarques, les insultes, on vit ça au quotidien», affirme-t-elle. «Un jour, j'ai été agressée par un groupe de jeunes de mon quartier. Ils m'ont traité de sale gouine, m'ont dit qu'ils allaient me montrer ce qu'était un homme. Finalement, ils m'ont assommée avec une bouteille de bière. Je me suis réveillée à l'hôpital...».Nini et Maserame
Nini et Maserame
Violées, et tuées à cause de leur orientation sexuelle
Il y a deux ans, deux amies de Maserame et Nini ont été violées puis assassinées à Soweto. Pour elles, comme pour les associations LGBT, cela ne fait pas l'ombre d'un doute : elles ont été tuées à cause de leur orientation sexuelle. En avril 2008, le viol et le meurtre d'Eudy Simelane, joueuse de foot de l'équipe sud-africaine, ouvertement lesbienne, a attiré l'attention de la communauté internationale sur les violences que subissent les homosexuelles sud-africaines. Son meurtrier a été condamné à la prison à vie. Mais quand il s'agit de victimes anonymes, beaucoup d'agresseurs échappent à la Justice (voir encadré «Moins de 5% des violeurs condamnés»). «Quand on connaît l'accueil qui leur est souvent réservé dans les commissariats, on ne s'étonne plus que beaucoup de jeunes femmes n'osent même pas porter plainte, constate Carrie Shelver. Alors leur agresseur reste libre, elles le croisent tous les jours, et souvent il recommence».
Certaines femmes tiennent cependant à positiver. «Ce n'est pas parce que cela arrive qu'on doit s'enfermer», affirme Lebo, qui vient d'ouvrir un club gay à Soweto. «Plus les gays sont visibles, mieux ils seront acceptés». Mais elle n'oserait pas s'afficher avec sa copine dans un bar hétéro. «Trop dangereux».
Afrique du Sud
Primrose, Lebo et une amie
«Il y a toujours eu des lesbiennes à Soweto»
Soweto, dimanche après-midi. De la musique house résonne dans un bar dont l'entrée donne sur le parking d'un supermarché. Quelques filles sirotent une bière en terrasse. A priori, rien ne distingue l'endroit d'autres pubs dispersés dans le township. Pourtant, c'est le seul club gay de Soweto. «Just after Nine» a ouvert ses portes en avril dernier à l'initiative de Primrose et Lebo, deux jeunes trentenaires habitantes du quartier. «On organise des soirées tous les week-ends. Le but est avant tout d'avoir un lieu où les lesbiennes et les gays peuvent se rencontrer, s'amuser. Un endroit où nous pouvons être nous-mêmes», explique Primrose.
«Il y a toujours eu des lesbiennes à Soweto. Mais cela fait peu de temps que certaines osent se montrer», affirme Lebo. Avec ses cheveux rasés et son style garçonne, elle dit avoir toujours affiché son homosexualité. Pour Primrose, dont la famille est plus «traditionnelle», cela a été un peu plus compliqué. «Mais aujourd'hui, ma mère me soutient et elle est même venue nous donner un coup de main lors de la soirée d'ouverture du club».
«Les gens sont heureux de trouver ici un lieu où ils n'ont pas besoin de cacher leur homosexualité, fait remarquer Lebo. Beaucoup d'homosexuels ont des doubles vies, des hommes comme des femmes. Une de nos clientes est mariée avec un homme et enceinte. Mais elle retrouve sa copine ici le week-end...».

Moins de 5% des violeurs sont condamnés!

Depuis plus de 30 ans, l'association féministe People Against Women Abuse (POWA) se bat contre les violences et les discriminations à l'encontre des femmes. Aujourd'hui, elle dispose de bureaux dans le centre-ville de Johannesburg ainsi que dans la plupart des townships qui entourent la métropole. «Nous avons notamment deux centres d'accueil d'urgence pour les femmes battues», explique Carrie Shelver, membre de POWA. «Nous fournissons également une assistance juridique gratuite, des services médicaux et un service d'écoute».
Parmi les femmes qui se tournent vers l'association, beaucoup ont été victimes de viols. Et parmi elles, bon nombre de lesbiennes.
La société sud-africaine est misogyne
«La société sud-africaine est misogyne», affirme Carrie Shelver. «Les agressions de lesbiennes font partie d'un problème beaucoup plus large de violence en général, et envers les femmes en particulier. Les homosexuelles sont des femmes qui transgressent les règles. C'est pour cela qu'elles deviennent des cibles ». Ce sont d'ailleurs généralement des gens qui les connaissent qui s'en prennent à elles. Dans le pays, toutes les 6 heures une femme est tuée par son conjoint ou par un ex-petit ami.
Des juges hostiles aux lesbiennes
«On estime qu'il y aurait entre 600.000 ou 700.000 viols par an. Peut-être beaucoup plus», poursuit Carrie Shelver. «Moins d'un viol sur 10 est déclaré. Et moins de 5% des agresseurs contre qui une plainte a été déposée sont condamnés. Dans beaucoup de cas, on considère qu'il n'y a pas assez de preuves... ou que la victime était consentante. Et si elle est ouvertement lesbienne, les juges lui sont généralement hostiles».

HOMOSEXUELS A DAKAR

POUR FAIRE DU LOBBYING : Les homosexuels africains envahissent Dakar
Dakar abrite depuis hier la Conférence internationale sur le sida et les maladies sexuellement transmissibles en Afrique (Icasa). Une occasion pour les différentes organisations, notamment des gays, de faire du lobbying dans la capitale sénégalaise.

10h au Méridien President. On se croirait dans une cérémonie religieuse. Tous les espaces libres que comptent cette structure sont occupés. Ils sont partagés entre des pavillons qui abritent des salles d'expositions, de projections, de conférence, d'inscriptions, de restaurants etc. On a l’impression que tout Dakar s’est donné rendez-vous dans cette zone résidentielle. Noirs, Blancs, Jaunes, Rouges, Métis. Tout le monde a répondu à l’appel d’Icasa. Certains, après des heures d'attente sans obtenir leurs badges, ont préféré investir la pelouse du Méridien. Assis à même le sol, la fatigue se lisait dans leurs yeux. En résumé, c'est la grande mobilisation de la grande riposte. L’objectif est de voir ensemble comment lutter contre le sida. Mais, elle doit se faire en synergie.
C’est ce qui justifie une forte presence des organisations des homosexuels, des personnes vivant avec le Vih/Sida, des structures des Nations Unies (Onusida, Unesco, Unicef, Oms...), de l'Agence japonaise pour la coopération internationale (Jica), de l'organisation privé suisse Vestergaard etc. Devant les stands des différentes organisations, les slogans se rivalisent. Entre autres, on peut lire : "Les communautés africaines au premier plan", "Courage et Espoir", "Agir ensemble", etc. C'est une vraie démonstration de force. Les homosexuels africains ont saisi l'occasion pour faire un lobbying. Si s’afficher au Sénégal comme un gay est un danger, ce n’est pas le cas depuis hier au Méridien car ils ont leurs stands. Ils font un vrai travail de lobbying. Ceux qui auront l’occasion de visiter le pavillon qui abrite les exposants seront temoins.
Vestergaard et sa stratégie de dépistage
A l’entrée, vous êtes accueillis par l’Agence japonaise pour la cooperation internationale (Jica). Après la Jica, bifurquez à gauche, vous avez Vestergaard. C’est une structure privée Suisse qui travaille dans la fabrication des moustiquaires. Elle accompagne aussi les Etats dans leurs politiques de lutte contre le sida. C’était le cas au Kenya. Dans ce pays, la structure avait lancé une campagne de dépistage volontaire des populations en septembre 2008. D’après Sanne Fournier-Wendes, specialiste de l’aide publique, "à travers cette campagne, le résultat recherché est de faire venir 80% de la cible qui est entre 15 et 49 ans de se faire dépister. Nous avons même dépassé nos attentes car nous avons atteint 80,2%". Plus de cinquante mille personnes ont été dépistées en un seul jour.
Pour motiver les populations, Vestergaard leur donne des sacs contenant un moustiquaire, un filtre d’eau et des préservatifs. C’était un grand succès. Après trois stands, vous avez celui d'Africagay. C'est l'association des homosexuels d'Afrique. Sur place, il n’y a personne. Mais, des pin's, des cartes de visite et de la documentation sont disponibles. "Ils sont parties à une réunion dans un hôtel de la place pour préparer leur stratégie de lobbying", nous informe la responsable de presse de AIDES, Marjolaine Benard. AIDES a une forte présence de ses partenaires à cette rencontre de Dakar. Il y a plus de cinquante representants d’associations du Réseau Afrique 2000, d’Afrique centrale, d’Amedis etc. Dans cette mouvance, elle organise un symposium Africagay demain."Prévention du Vih/Sida chez les homosexuels et autres Msm en Afrique francophone : expérience Africagay", tel est le thème dudit symposium. Après la parenthèse de AIDES et Africagay, cap chez Iglhrc.
La parole aux personnes vivant avec le Sida
Cette structure regroupe dans son stand des homosexuels venus de tous les coins de l’Afrique. Charles Gueboguo est un sociologue camerounais qui a publié un livre sur la vie des homosexuels dans son pays. Il échange ce livre contre 12.000fcfa. Son travail de recherche a duré quatre ans (1998-2002). La cible est comprise entre 14 et 25 ans. Interpellé sur sa motivation, il déclare : "Je ne parle pas de ma vie. C'est de la sociologie. L'homosexualité, il faut en parler". A la question de savoir s'il est gay, il réplique : "Je ne parle de ma vie privé". N'empêche, il y aura une réponse, mais qui ne viendra pas lui, mais d'un homosexuel. "Je peux répondre à sa place. C'est parce qu'il a des amis homosexuels", révéle ce grand et robuste ivoirien qui a refusé de décliner son identité. Pour Charles Gueboguo, "ce livre permet de lever certains préjugés qui veulent que l'homosexualié en Afrique soit uniquement pratiquée par des adeptes des cercles ésotériques ou des blancs".
En ce qui concerne la presse sénégalaise, le sociologue la voit comme étant "une presse homophobe". C'est-à-dire contre l'homosexualité. Ailleurs, mais toujours au Méridien Président, une projection de la Banque mondiale sur les enseignants kenyans vivant avec le Vih/Sida regroupe une immense foule. La salle des délégations était pleine comme un œuf. "Courage et Espoir", ainsi s'intitule ce long métrage. Produit par Alice Woolnough, Lesley Drake et Donald Bundy, il relate l'histoire remarquable de quatre enseignants qui vivent avec le Vih/Sida. Le film propose une plongée dans la vie de ces enseignants qui font preuve d'un immense courage. Ils racontent comment, ils ont découvert leur séropositivité et les conséquences sur leur vie famiale.
Ils ont comme noms, Beldina Atieno, Martin Mkong Ptoch, Jeminah Nindo et Margaret Wambete. Face à la maladie et à la stigmatisation, ils ont résisté et ont tenu à ne pas rater la rencontre de Dakar. Après la projection, ils se sont levés pour saluer le public. S'en sont suivies des acclamations. En attendant que les rideaux ne tombent sur Icasa 2008, le lobbying continue au Méridien Pérsident. 

VIH SIDA ET HOMOSEXUALITE

le taux élevé de VIH chez les homosexuels africains est lié à la discrimination sociale dont ils sont l’objet

publié le 6 janvier 2010
Une étude publiée dans la revue médicale The Lancet révèle que le taux de VIH parmi les homosexuels dans certaines régions d’Afrique est dix fois plus élevé que chez les hétérosexuels.
Selon les chercheurs de l’Université d’Oxford, la stigmatisation et la discrimination contre les homosexuels expliquent largement ces chiffres élevés.
Les chercheurs ont étudie les conditions de transmission du VIH sur le continent entre 2003 et 2009. Ils ont constaté que les taux d’infection parmi les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) étaient sensiblement plus élevés que chez les hétérosexuels.
Dans certaines régions, ces niveaux de transmission ont été dix fois supérieurs.
Les chercheurs mettent en cause les attitudes sociales et politiques vis-à-vis des homosexuels comme entravant un accès satisfaisant au traitement.
"Presque trois décennies après le début de l’épidémie, l’Afrique subsaharienne persiste à rejeter les HSH en tant que membres à part entière de la société, du fait des barrières culturelles, religieuses et politiques", écrivent les responsables de l’étude.
L’agence des Nations Unies pour le sida, l’Onusida, estime que les deux tiers des 33 millions de personnes dans le monde vivant avec le VIH se trouvent en Afrique subsaharienne.